KalendulaGames, enquête sur un studio fantôme qui vend des jeux IA à 100€


Ecrit par : Sébastien Falter

KalendulaGames
Page Steam du développeur KalendulaGames

Une découverte qui soulève beaucoup de questions

Parfois, dans l’actualité vidéoludique, certains dossiers attirent l’attention pour de bonnes raisons. Un projet ambitieux, une réussite inattendue ou une innovation particulière. Puis il y a les cas plus étranges. Ceux qui donnent envie de creuser un peu plus loin.

Depuis quelques jours, un nom circule de plus en plus sur les réseaux sociaux et dans certaines communautés de joueurs. Ce nom, c’est KalendulaGames.

À première vue, il s’agit d’un studio indépendant comme il en existe des milliers. Pourtant, en regardant de plus près, plusieurs éléments interpellent immédiatement. Le 30 mai 2026, deux visual novels ont été publiés simultanément. Jusque-là, rien de bien d’anormal. Ce qui l’est davantage, c’est leur prix. Chacun est vendu 100€. Un tarif déjà supérieur à celui de nombreuses grosses productions développées pendant plusieurs années par des équipes de plusieurs centaines de personnes.

La surprise ne s’arrête pas là. Selon les premiers retours, ces productions peuvent être terminées en quelques minutes seulement. Certaines vidéos publiées par des utilisateurs montrent des expériences qui peinent à dépasser une dizaine de minutes.

Rapidement, une question est apparue un peu partout. Qui est réellement KalendulaGames ?

Un studio qui semble sortir de nulle part

C’est probablement l’aspect le plus troublant de cette histoire. Lorsqu’un nouveau studio apparaît sur le marché, il laisse généralement quelques traces derrière lui. Une page officielle, un site internet, un profil professionnel, des présentations d’équipe ou simplement une présence sur les réseaux sociaux.

Dans le cas de KalendulaGames, les recherches donnent un résultat particulièrement maigre (très maigre même). Aucun site officiel n’existe à l’heure où nous écrivons ces lignes. Aucun historique clair ne permet de savoir qui compose l’équipe. Aucun parcours professionnel n’est mis en avant. Il est également difficile d’identifier précisément les personnes derrière les jeux publiés.

Pour un studio qui commercialise des titres à 100€, cette absence totale de visibilité est pour le moins surprenante. Même de très petits développeurs indépendants disposent généralement d’une page de présentation ou d’un moyen permettant aux joueurs de savoir à qui ils ont affaire. Ici, c’est le vide total.

Quand l’intelligence artificielle remplace le développement

L’autre sujet qui alimente la polémique concerne évidemment l’utilisation de l’intelligence artificielle. Les captures d’écran, les illustrations promotionnelles et les premiers extraits diffusés par les acheteurs montrent des signes typiques de contenus générés par IA. Variations de style, détails incohérents, personnages dont l’apparence change légèrement selon les scènes et textes qui donnent parfois l’impression d’avoir été produits automatiquement.

L’utilisation de l’IA n’est pas forcément un problème en soi. De nombreux studios expérimentent aujourd’hui ces technologies. Ce qui dérange ici, c’est davantage la combinaison entre une production visiblement très automatisée et un tarif particulièrement élevé.

Dans l’esprit de nombreux joueurs, un prix de 100€ suppose un investissement humain important, des années de développement ou au minimum une quantité de contenu conséquente. Or, tout semble indiquer l’inverse.

Le troisième jeu qui a mis le feu aux poudres

Si les deux premières sorties ont déjà provoqué de nombreuses critiques, l’annonce d’un troisième projet a considérablement aggravé la situation. Selon les informations communiquées par le studio lui-même, un nouveau visual novel est déjà prévu. Toujours basé sur l’intelligence artificielle. Toujours vendu 100€. Toujours avec une structure similaire.

Cette annonce a été perçue par beaucoup comme la preuve que nous ne sommes pas face à une expérience isolée mais devant une stratégie commerciale assumée.

Pour certains observateurs, KalendulaGames ne chercherait pas réellement à construire une communauté ou à développer une licence. L’objectif semblerait plutôt être de multiplier rapidement des productions à faible coût en espérant générer quelques ventes grâce à la curiosité ou à l’algorithme des plateformes.

Un modèle qui rappelle certaines dérives déjà vues par le passé

L’industrie du jeu vidéo a déjà connu plusieurs phénomènes comparables. Sur PC notamment, certaines périodes ont été marquées par une multiplication de jeux développés à partir d’assets préfabriqués, de modèles génériques ou de projets créés à la chaîne avec un minimum d’effort. L’arrivée de l’intelligence artificielle générative a considérablement accéléré cette possibilité.

Aujourd’hui, une seule personne peut produire en quelques jours ce qui aurait demandé auparavant plusieurs mois de travail à une petite équipe. Images, dialogues, personnages, musiques et parfois même une partie du code peuvent être générés automatiquement.

KalendulaGames apparaît aux yeux de nombreux joueurs comme l’une des manifestations les plus extrêmes de cette tendance.

Arnaque ou simple opportunisme ?

C’est la question qui revient le plus souvent. D’un point de vue strictement juridique, parler d’arnaque reste compliqué. Les jeux existent réellement. Ils sont téléchargeables et fonctionnent. En revanche, cela ne signifie pas que la démarche est saine.

Ce qui inquiète surtout, c’est le manque de transparence général autour du studio. Les joueurs ignorent qui développe ces titres. Ils ignorent où est basée l’équipe. Ils ignorent son expérience. Ils ignorent même pourquoi les jeux sont vendus à un tarif aussi élevé.

Lorsqu’une entreprise demande davantage d’argent que certaines des plus grosses productions du marché tout en refusant toute communication sur son identité, il est normal que les interrogations se multiplient.

La prudence reste la meilleure attitude

À l’heure actuelle, nous ne pouvons pas affirmer que KalendulaGames est une escroquerie. En revanche, plusieurs signaux d’alerte sont bien présents.

  • Des jeux extrêmement courts.
  • Des contenus générés par intelligence artificielle.
  • Des prix totalement déconnectés du marché.
  • Un studio dont personne ne semble connaître les responsables.
  • Et surtout aucune présence officielle permettant aux joueurs de vérifier à qui ils donnent leur argent.

Dans un secteur où la confiance est essentielle, ce manque de transparence est probablement ce qui choque le plus.

Nous recommandons donc la plus grande prudence avant tout achat lié à KalendulaGames. Dans le doute, mieux vaut attendre des analyses approfondies, des retours indépendants et davantage d’informations sur l’identité réelle du studio.

Car aujourd’hui, la question n’est peut-être plus de savoir pourquoi ces jeux coûtent 100€, mais plutôt pourquoi personne ne semble savoir qui se cache derrière eux.

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