Ecrit par : Sébastien Falter

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Game One et J-One à l’heure du bilan
La nouvelle a fait l’effet d’un petit séisme chez les amateurs de culture geek : Paramount prévoit la fermeture de Game One et de J-One d’ici la fin novembre 2025. Deux chaînes emblématiques, nées avec la promesse de représenter, l’une, le jeu vidéo, et l’autre, l’animation japonaise. Sur le papier, la complémentarité semblait parfaite. Dans les faits, l’équilibre n’a jamais vraiment fonctionné. Et c’est peut-être là que tout s’est joué.
Game One, la chaîne “jeu vidéo” qui parlait surtout d’anime
Game One a longtemps porté cette étiquette séduisante : la chaîne des jeux vidéo. On s’attendait à y trouver des tests récents, des débats, des reportages, bref, un espace télévisuel pour ceux qui vivent manettes en main. Mais cette promesse s’est peu à peu étiolée. Très vite, le contenu orienté “jeux vidéo” est devenu minoritaire, grignoté par des animés, des séries, ou des films rediffusés en boucle.
Peu importe l’heure à laquelle on zappait : le constat restait le même. En pleine journée, les animés occupaient l’écran. Le soir, encore des animés. Et même tard dans la nuit, quand on espérait tomber sur une émission un peu différente, il ne restait souvent que de vieilles rediffusions. Des programmes usés par le temps, parfois d’une autre époque, à tel point qu’il n’était pas rare d’entendre parler de “sorties récentes” comme Uncharted 4, en septembre 2025 (c’est du vécu !)…
Ce genre de décalage donnait l’impression d’une chaîne restée figée, incapable de se remettre à l’heure de son public. L’actualité du jeu vidéo évoluait à toute vitesse, mais Game One, elle, restait bloquée sur “rediffusion automatique”, comme si elle tournait en boucle sur un disque rayé.
L’arrivée de J-One : un espoir qui n’a rien changé
Quand J-One a été lancée en 2013, les fans de Game One y ont vu une chance. L’idée semblait simple et logique : si J-One prenait en charge la diffusion des animés, Game One pourrait enfin se recentrer sur le jeu vidéo. L’animation aurait sa chaîne, le jeu vidéo retrouverait la sienne.
Mais cet espoir s’est vite dissipé. Le transfert de l’anime n’a jamais vraiment eu lieu. Game One a continué de diffuser les mêmes programmes, les mêmes séries animées, les mêmes films, tout en maintenant les émissions dédiées au jeu vidéo à un strict minimum. Et quand elles existaient encore, elles étaient diffusées à des horaires improbables ou en rediffusion continue.
Le résultat : une chaîne qui avait perdu son identité. Elle s’appelait toujours Game One, mais elle ne parlait presque plus de jeux.
La concurrence ou la démonstration que c’est possible
Ce qui rend la situation encore plus parlante, c’est la comparaison avec une autre chaîne, ES1. Elle aussi est spécialisée dans le jeu vidéo, mais sous un angle différent : celui de l’e-sport. Et pourtant, quand on zappe sur ES1, on sait exactement ce qu’on va trouver. Peu importe l’heure, le jour ou la nuit, la chaîne reste fidèle à sa ligne éditoriale : des tournois, des matchs, des reportages sur les joueurs, des analyses sur les compétitions.
Cette cohérence, cette fidélité au concept de départ, c’est justement ce qui a manqué à Game One. À force de vouloir tout faire, un peu d’anime, un peu de culture geek, un peu de jeu vidéo, elle a fini par ne plus vraiment être spécialisée dans rien. Et dans un paysage où les spectateurs peuvent désormais choisir précisément ce qu’ils veulent voir, une chaîne sans identité claire n’a plus de place.
La lente déconnexion avec son public
Le paradoxe, c’est que Game One a longtemps eu tout pour rester pertinente : un héritage fort, un nom respecté, des animateurs attachants, une culture authentique du jeu vidéo. Mais sans renouvellement, sans actualité, sans programmation cohérente, la chaîne a fini par parler au passé plutôt qu’au présent.
Ceux qui cherchaient de vraies émissions de jeux vidéo ont fini par partir ailleurs, sur YouTube, sur Twitch, ou sur les réseaux où l’information est instantanée. Game One, elle, continuait de rediffuser les mêmes segments à quatre heures du matin, comme si rien n’avait changé depuis dix ans.
Et pendant que d’autres médias inventaient de nouveaux formats, la chaîne restait enfermée dans une programmation poussiéreuse, parfois tellement en retard qu’elle en devenait absurde.
Je peux parier que si vous allumez Game One à l’instant où vous lisez ces lignes, vous tomberez soit sur une rediffusion, soit sur un animé, mais dans tous les cas, la chaîne ne parlera pas de jeu vidéo. À moins, bien sûr, que vous tombiez pile au bon moment.
Une fermeture triste, mais prévisible
Alors oui, c’est triste. La disparition prochaine de Game One et de J-One laisse un vide symbolique, presque affectif. Ce sont des chaînes qui ont accompagné une génération entière, celles des années 2000, celles qui ont connu Level One ou les premiers reportages sur les consoles encore balbutiantes.
Mais c’est aussi une fermeture logique. Une chaîne ne peut pas survivre éternellement en ignorant ce qu’elle promet d’être. Quand une “chaîne de jeux vidéo” parle surtout d’animés, quand ses émissions sont en retard sur l’actualité, quand ses nuits ne sont plus que rediffusions d’archives, elle perd ce qui faisait sa raison d’exister.