Vous connaissez cette sensation étrange, quand vous montez un escalier et que, soudain, vous avez l’impression d’avoir déjà vu ce palier ? Que les portes sont légèrement décalées, que la lumière vacille sans raison, ou que le silence est un peu trop lourd ? The Stairwell prend cette intuition diffuse et en fait le cœur de son expérience. Pas de fanfare, pas de monologue dramatique pour planter le décor : vous commencez votre premier jour dans un immeuble aux allures de cauchemar architectural, avec pour seule consigne d’inspecter les étages et de signaler ce qui cloche.
Sauf que, très vite, vous comprenez que ce bâtiment n’a rien d’ordinaire. Les escaliers semblent s’étirer à l’infini, les couloirs se déforment quand vous détournez les yeux, et chaque anomalie repérée soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Le pire ? Personne ne vous explique vraiment ce qui se passe. Pas de tutoriel, pas de personnage pour vous tenir la main, juste une radio qui grésille et l’écho de vos propres pas.
Ici, la peur ne vient pas de ce qui vous saute dessus, mais de ce qui pourrait arriver. Et c’est bien plus glaçant.
Un bâtiment qui n’a pas fini de vous raconter ses secrets

Dès les premières minutes, The Stairwell vous place dans une situation à la fois simple et profondément dérangeante : vous êtes un agent de sécurité, engagé pour surveiller un immeuble aux allures de labyrinthe vertical. Pas de collègues, pas de supérieurs pour vous guider, juste une radio qui grésille et une consigne claire : inspecter chaque étage, repérer les anomalies, et surtout, ne pas vous faire piéger par ce qui semble normal. Sauf que, très vite, vous réalisez que ce bâtiment n’a rien d’ordinaire. Les escaliers s’étirent à l’infini, les couloirs se déforment quand vous détournez les yeux, et chaque anomalie repérée soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.
Le jeu ne vous explique pas grand-chose, et c’est volontaire. Vous devez découvrir par vous-même les règles de cet univers, où chaque étage peut cacher un piège, une illusion, ou une clé pour comprendre ce qui se passe vraiment. Il n’y a pas de scénario linéaire à proprement parler, mais plutôt une série d’énigmes et de phénomènes à interpréter. L’architecte inconnu du bâtiment, mentionné dans les rares documents que vous trouvez, semble avoir conçu cet endroit comme une expérience, un test, ou peut-être même une prison. Les anomalies que vous croisez, des objets déplacés, des reflets qui ne devraient pas exister, des portes qui mènent nulle part, sont autant d’indices sur la nature de ce lieu.
Et puis, il y a cette règle implicite : si tout semble normal, vous pouvez monter. Si quelque chose cloche, il vaut mieux descendre. Sauf que, bien sûr, rien n’est jamais vraiment normal ici. Le jeu joue avec votre perception, votre mémoire, et votre capacité à distinguer le réel de l’illusion. Les développeurs de Hidden Palace ont d’ailleurs insisté sur l’aspect psychologique du titre, s’inspirant des jeux de boucle comme The Exit 8, mais en ajoutant une dimension verticale qui change tout. Ici, la peur ne vient pas de ce qui vous saute dessus, mais de ce que vous pourriez manquer, de ce que vous pourriez mal interpréter.
The Stairwell est un jeu où vous êtes seul. Enfin, presque. Il n’y a pas de personnages à proprement parler, pas de dialogues, pas de visages à qui parler. Pourtant, le bâtiment lui-même semble habité. Par qui ? Par quoi ? Les rares indices que vous trouvez évoquent des précédents agents de sécurité, des notes laissées à la hâte, des avertissements griffonnés sur les murs. Certains étages semblent figés dans le temps, comme si quelqu’un avait abandonné ses affaires en partant précipitamment. D’autres sont carrelés de symboles incompréhensibles, ou de messages qui semblent s’adresser directement à vous.
Il n’y a pas de monstre, pas de fantôme, mais une présence constante, presque palpable. Le jeu mise sur l’ambiguïté : et si le vrai danger, c’était vous-même ? Votre propre esprit, votre capacité à douter de ce que vous voyez, à remettre en question chaque détail. Les développeurs ont d’ailleurs expliqué que l’absence de personnages traditionnels était un choix délibéré. L’objectif n’est pas de raconter une histoire classique, mais de vous faire vivre une expérience où vous êtes le centre de tout. Vos choix, vos erreurs, vos hésitations définissent ce qui arrive.
Cela dit, le bâtiment n’est pas totalement vide. Il y a des traces, des échos, des événements qui se répètent. Parfois, vous entendez des pas derrière vous. Parfois, une porte claque alors qu’il n’y a personne. Et puis, il y a ces anomalies, ces phénomènes qui semblent vous observer, attendre que vous fassiez une erreur. Le jeu ne vous donne jamais de réponses claires, mais il vous pousse à chercher, à interpréter, à vous demander si vous êtes en train de perdre la tête ou si le bâtiment, lui, est en train de vous manipuler.
Quand le bâtiment a meilleur style que votre dernier appartement

The Stairwell mise sur une direction artistique sobre, mais redoutablement efficace. Pas de textures ultra-détaillées ni d’effets visuels tape-à-l’œil : ici, l’ambiance repose sur des couleurs ternes, des éclairages blafards et une géométrie qui semble se déformer quand vous détournez les yeux. Les couloirs sont étroits, les escaliers s’étirent de manière peu naturelle, et les portes ont cette fâcheuse tendance à ne pas mener là où vous pensez.
Le jeu joue avec les perspectives et les proportions, créant une sensation d’inconfort permanent. Certains étages semblent sortis des années 70, avec leurs moquettes usées et leurs néons vacillants, tandis que d’autres adoptent un style plus moderne, presque clinique. Le résultat ? Une cohérence visuelle qui renforce l’idée que ce bâtiment est un patchwork d’époques et d’idées, comme s’il avait été construit par plusieurs mains, sans plan précis, un peu comme dans la maison Winchester.
Et puis, il y a les anomalies. Ces détails qui clochent, une chaise suspendue au plafond, un miroir qui reflète quelque chose d’impossible, une porte qui s’ouvre sur un vide, sont intégrés avec une telle subtilité que vous finissez par douter de votre propre perception. Le jeu ne crie pas « Regarde, c’est flippant !« , il chuchote « Tu es sûr d’avoir bien vu ?« .
Si les graphismes posent l’atmosphère, c’est le son qui vous plonge vraiment dans l’angoisse. Pas de musiques d’ambiance grandiloquentes, mais des bruits sournois : le grincement d’une porte, le bourdonnement d’un néon, le craquement d’une marche sous votre poids. Et puis, il y a ces silences. Ces moments où tout semble s’arrêter, comme si le bâtiment retenait son souffle.
Les développeurs ont travaillé sur une spatialisation audio impeccable. Un chuchotement peut venir de nulle part, un pas résonner dans un couloir vide, ou une voix étouffée traverser les murs. Le jeu utilise ces éléments pour vous désorienter, vous faire tourner la tête, et surtout, vous faire douter. Est-ce que ce bruit était réel ? Était-ce dans le jeu… ou dans votre tête ?
Et puis, il y a la radio. Ce petit poste qui grésille de temps en temps, diffusant des messages cryptiques ou des fragments de conversations. Parfois, on dirait qu’elle vous parle directement. Parfois, on dirait qu’elle se moque de vous. Bref, si vous jouez avec un casque, préparez-vous à sursauter. Et à vérifier que personne ne se cache derrière vous.
La prise en main est intuitive, mais c’est votre cerveau qui va travailler le plus. Le jeu joue avec votre mémoire, votre attention aux détails, et votre capacité à garder votre sang-froid. Certains étages sont des pièges visuels, d’autres testent votre logique, et d’autres encore semblent conçus pour vous pousser à la paranoïa. Et puis, il y a les modes de difficulté. Le mode « normal » est déjà un défi, mais le mode « cauchemar », où vous n’avez qu’une bougie pour éclairer votre chemin, transforme l’expérience en une épreuve de survie mentale.
Le seul vrai défaut ? Parfois, le jeu est un peu trop subtil. Certaines anomalies sont si discrètes que vous pouvez passer à côté sans vous en rendre compte, ce qui peut être frustrant. Mais c’est aussi ce qui rend The Stairwell si unique : il ne vous mâche pas le travail. Il vous demande de faire attention, de réfléchir, et surtout, de ne jamais baisser votre garde.
Les petits défauts qui vous font descendre d’un étage (ou deux)

The Stairwell n’est pas un jeu parfait, et même ses plus grands fans admettent qu’il a quelques défauts qui peuvent agacer, voire exaspérer. Commençons par les anomalies, ces fameuses bizarreries que vous devez repérer pour progresser. Certaines sont si subtiles qu’elles en deviennent presque invisibles, un tableau légèrement penché, une ombre qui semble avoir bougé, une porte qui ne devrait pas exister. Parfois, vous passerez des minutes entières à fixer un étage en vous demandant si vous êtes en train de rater un détail crucial ou si le jeu s’amuse à vous faire douter de votre propre perception. Et quand vous réalisez que vous avez effectivement loupé une anomalie, la frustration peut monter aussi vite que l’escalier lui-même.
Ensuite, il y a ce sentiment que le jeu aime un peu trop jouer avec vos nerfs sans toujours jouer franc jeu. Le système de progression peut sembler arbitraire : vous descendez un étage parce que quelque chose vous a paru bizarre, et vous tombez sur une situation encore plus inquiétante. À l’inverse, vous montez en pensant que tout est normal, et hop, vous vous retrouvez face à un piège. Le jeu adore bousculer vos attentes, mais parfois, on a juste l’impression de subir ses caprices plutôt que de progresser grâce à sa logique.
Le mode « cauchemar » mérite une mention spéciale. Si vous aimez les défis extrêmes, vous allez adorer. Sinon, préparez-vous à une épreuve de patience et de résistance mentale. Avec une visibilité réduite à la lueur d’une bougie, chaque étage devient un casse-tête angoissant. C’est intense, c’est stressant, et parfois, c’est juste un peu.. trop. À réserver aux joueurs qui aiment frôler la crise de nerfs.
Un autre point qui peut décevoir, c’est la rejouabilité. The Stairwell mise sur l’exploration et la découverte, mais une fois que vous avez compris les mécaniques et repéré la plupart des anomalies, le jeu perd un peu de son mystère. Les développeurs ont bien ajouté des difficultés et des variations pour inciter à recommencer, mais si vous n’êtes pas fan des défis chronométrés ou des modes « hardcore », vous risquez de faire le tour assez rapidement.
Enfin, il y a cette absence de réponses, ce flou artistique qui peut laisser un goût d’inachevé. Si vous aimez les jeux qui vous expliquent tout, qui vous offrent une histoire bien ficelée et une conclusion, The Stairwell risque de vous frustrer. Le jeu adore laisser des questions en suspens, des indices ambigus et des fins ouvertes. Certains adorent cette ambiguïté, d’autres trouvent ça un peu trop facile. Mais après tout, quand vous passez des heures à explorer un bâtiment maudit, vous aimeriez au moins savoir pourquoi il est maudit, non ?
Alors, on monte ou on descend ?

The Stairwell est un jeu qui ne ressemble à aucun autre (ou presque). Il ne cherche pas à vous faire sursauter toutes les deux minutes, ni à vous noyer sous des heures de dialogue ou des quêtes secondaires interminables. Non, il préfère s’installer dans un coin de votre tête et y rester, comme une mélodie entêtante ou un cauchemar dont vous vous souvenez au réveil. C’est un titre qui mise tout sur l’atmosphère, l’observation et cette sensation étrange de ne jamais être tout à fait sûr de ce que vous voyez. Et franchement, ça marche plutôt bien.
Bien sûr, il a ses défauts : des anomalies parfois trop discrètes, un système de progression qui peut sembler capricieux, et une rejouabilité limitée si vous n’êtes pas fan des défis extrêmes. Mais ces imperfections font presque partie du charme. Après tout, un bâtiment maudit qui se comporterait de manière logique, ce serait un peu décevant, non ?
Si vous aimez les jeux qui vous challengent intellectuellement, qui jouent avec votre perception et qui laissent une trace bien après avoir éteint l’écran, The Stairwell est fait pour vous. En revanche, si vous préférez les histoires bien ficelées, les réponses claires et les fins rassurantes, passez votre chemin. Ici, le mystère reste entier, et c’est exactement ce qui rend l’expérience aussi mémorable.
Merci à Take IT Studio! de nous avoir fourni le jeu.